Street art: art ou contestation ? un outil de révolte devenu ornement urbain

Par Camille Laurent, Svein Quillatre, Célestin Huguet.

Introduction

nesta

Oeuvre de Nesta

Spontanément, nous trouvons le street art contestataire, libéré, et surtout, «cool ». Nous nous représentons les artistes comme de jeunes idéalistes, qui, envers et contre tout, passent dans l’illégalité pour nous ouvrir les yeux sur une société nécrosée par le matérialisme, l’individualisme et le bourrage de crâne des médias. D’une certaine façon, nous les associons à des résistants dans une guerre secrète qu’ont engagé l’Etat et les médias contre le peuple, de jeunes héros de l’ombre. Cet art à pour but de toucher tout le monde sans discernement (riches, pauvres, hommes, femmes, blancs ou personnes de couleurs…). Après avoir accueilli 15.000 visiteurs et 108 artistes de street art (graffeurs, pochoiristes, colleurs, peintres), la célèbre tour du treizième arrondissement, la Tour Paris 13, qui est devenue une œuvre grâce à l’initiative de la Galerie Itinerrance, a été réduite en poussière le mardi 8 avril 2014. Les amateurs de street art ont donc du faire leur adieux et trouver d’autres lieux à taguer. Le galeriste Mehdi Ben Cheikh, a donc su séduire un grand public, prêt à faire huit heures de queue pour accéder au lieu. Considéré comme un « sanctuaire artistique » d’après le journal Le Figaro et comme « la plus grande exposition de street art jamais réalisée » d’après le journal 20 minutes, cette tour laisse place maintenant à de nouveaux logements. On comprend que le street art occupe aujourd’hui une place importante dans notre société. Cette idée de l’artiste de street art disparaît dès que l’on s’intéresse au sujet, pour laisser apparaître une mode et un nouvel art à part entière, bien loin des premiers graffeurs de mai 68 ou des années 90 avec leurs slogans accrocheurs tels que « Sous les pavés, la plage», ou alors une œuvre représentant un militaire en uniforme, couvert par son camarade, taguant un « peace and love ». De plus en plus aujourd’hui, le street art sort de la rue, entre dans les galeries d’art, dans les grandes surfaces, s’appose sur les t-shirts et dans nos salons. De plus en plus, nous lui accordons de l’importance en tant qu’art, le coté contestataire n’étant sûrement plus qu’un prétexte, ou un effet de mode tel que les t-shirts Che Gevara aujourd’hui. Une application iPhone et Android vient d’être lancée en partenariat avec la Ville de Paris, ce qui permet au street art d’avoir son réseau social : My Paris Street Art permet de répertorier et de partager toutes les photos d’art de rue dans Paris. Cependant, bien que nous percevons le street art plus comme un art qu’autre chose, nous l’associons toujours à la contestation. Nous la sentons moins présente, même absente, et pourtant nous ne pouvons nous empêcher de l’appréhender comme une constituante de cet art, comme si le street art ne pouvait être « street art » sans contestation.

Lire la suite

Publicités

Le street art est-il encore un mode d’engagement ?

street

 

Introduction

G.W.Ovink dit, dans son ouvrage sur la typographie et son évolution :

« Nous devrions admettre qu’est fausse toute théorie ou toute pratique dans laquelle la forme de lettre la plus simple et la plus claire est présentée comme étant la seule forme correcte. Un tel rationalisme puritain ne dure pas et il sera probablement suivi par la prédominance d’un irrationalisme romantique. Il est possible que dans quelques années, pour défendre les droits de la raison, nous soyons amenés à lutter contre le côté partial d’une « émotionnalité »artistique trop forte. »

Le street art ne serait-il pas le mouvement d’une nouvelle typographie, l’heure de l’irrationalisme romantique qui vient à lutter contre le côté partial d’une « émotionnalité » artistique trop forte ?

Lire la suite

Le nouveau visage d’une jeunesse de droite : les « Antigones »

Introduction

Depuis le 6 mai 2012, à la suite des élections présidentielles, un gouvernement de gauche est au pouvoir, dirigé par François Hollande et Jean-Marc Ayrault jusqu’à la fin du mois de mars 2014, ce dernier ayant été remplacé depuis lors par Manuel Valls. De nombreuses mesures prévues dans leur programme ont été mises en place, comme le mariage pour tous (loi autorisant les couples de même sexe à se marier et par extension à adopter) et l’application de la parité au sein du gouvernement. De plus, un ministère des droits de la femme a été créé avec comme principal objectif de réduire les inégalités entre les hommes et les femmes. Par exemple, il existe désormais une loi qui sanctionne les entreprises rémunérant moins les femmes que les hommes à poste égal (même si les salaires des femmes restent en moyenne 25% inférieurs à ceux des hommes à poste égal). Ce genre de mesures sont le résultat de plusieurs décennies de combats féministes. Elles semblent désormais stimuler une contestation dont la forme emprunte à la fois aux registres d’action de la droite traditionnelle et à ceux des nouveaux mouvements sociaux.

Lire la suite

La question de l’égalité et inégalité de genre : qu’en pensent les Sourds ? – Lavigne-Matsuoka Emi

Image

 

Introduction

Ce travail s’intéresse à la question de l’égalité et l’inégalité entre hommes et femmes. Cette question s’inscrit dans celle plus générale de l’indignation ou de la révolte sociale dans les années 2010, de la lutte contre les inégalités et les injustices sociales. Plus précisément, je vais m’intéresser à la question de l’égalité et de l’inégalité entre les hommes et les femmes dans la population sourde. Comment les Sourds perçoivent-ils cette question, en parlent-ils et comment ?

Mon questionnement vient de plusieurs faits : 1) la question de l’égalité entre Homme et Femme et de la lutte contre les inégalités de genre est une question sociale et politique particulièrement d’actualité et faisant vive controverse ; 2) la population sourde est un groupe social en tant que « handicapé » particulièrement touché par les inégalités sociales ; 3) les Sourds, sont parmi les handicapés, un groupe qui historiquement s’est identifié et constitué en tant que groupe minoritaire militant contre les inégalités de traitement social dont il a fait l’objet par rapport aux majoritaires entendants ; 4) les résultats d’une première enquête que j’ai menée au 1er semestre font apparaître aujourd’hui, en 2014, chez les sourds, l’expression d’un fort sentiment d’indignation et de révolte face aux inégalités et aux injustices sociales. Compte tenu de ces faits, il apparaît particulièrement intéressant d’analyser la façon dont les Sourds vont parler de l’inégalité et de l’inégalité entre les Hommes et les Femmes.

Lire la suite

La lutte antipub : un carrefour de nouveaux mouvements sociaux – Valentin Heinrich, Anatole Boutant, Victor Blanc

Image

Résumé:

 

Cet article a pour objectif de montrer que la contestation sociale envers la publicité se présente sous plusieurs facettes. Formulant des critiques à différents degrés d’analyse, tous les membres ne semblent pas se révolter face au même problème, ce qui constitue en grande partie la spécificité de ce mouvement hétérogène et en apparence désorganisé. Les méthodes utilisées pour affronter la publicité sont peu à peu récupérées par d’autres mouvements contestataires défendant des causes diverses, ayant pour effet de décupler les horizons des groupes anti-pub.

 

Lire la suite

La Grande Europe et le refus de ses cadets – Jean-Philippe Culot, Clément Cardon

europe

L’Union Européenne évoque, par son nom, la résolution de l’ensemble des problèmes engendrés au cours du XXème siècle. Elle promettait à l’origine une union des nations européennes afin de créer un marché concurrentiel et une meilleure entente entre des pays autrefois ennemis. Sur le plan idéologique l’idée est plaisante, pourtant de nos jours elle doit se confronter à de nombreux détracteurs. Récemment, Henri Guaino et Laurent Wauquiez (députés UMP) ont publié un communiqué faisant part de leur mécontentement à l’égard de l’UE ainsi que de leur volonté de la réformer. La contestation n’est dès lors plus négligeable d’autant plus lorsqu’elle provient de ceux qui ont soutenu la cause de l’UE sous le gouvernement Sarkozy. Les parlementaires offrent ainsi à un courant de protestation, qui se fait de plus en plus ressentir, de nouveaux outils pour justifier son euroscepticisme. Pourtant, il n’a jamais été question pour les français d’attendre une confirmation des acteurs du gouvernement pour s’opposer à l’UE. De fait, ce changement de position s’inscrit au sein d’un courant général d’indignation des français.

Effectivement il semble que, depuis les années 2010, peut-être en raison de la crise financière de 2008, la population française oscille constamment entre réactions protestataires et révoltes. Les médias diffusent une atmosphère presque « apocalyptique » en vu des conjonctures actuelles. Que ce soit dans le domaine économique, écologique, politique, ou encore dans l’espace religieux, la France paraît avoir atteint un stade critique de son développement. La lutte contre l’injustice semble omniprésente aujourd’hui, le cri à l’outrage est quotidien. Plus spécifiquement pour la France : quel est le sens de ces mouvements sociaux ? Pourquoi les français s’indignent ou se révoltent ?

Lire la suite

Lutter contre l’islamophobie – An Binh Tran, Théo Patros, Wilfried Leblond

« L’attitude la plus ancienne et qui repose  sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu’elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelle, morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont le plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. « habitudes de sauvages », « cela n’est pas de chez nous », « on ne devrait pas permettre cela », etc., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion, en présence de manières de vivre, de croire, ou de penser qui nous sont étrangères »

(Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire, 1952)

Dans le cadre d’un travail de recherche dont le thème est « s’indigner ou se révolter en France face à l’injustice, nous avons décidé de travailler sur le sujet de l’islamophobie que l’on définira comme la peur, ou la vision péjorative de l’islam, des musulmans, et des questions en rapport, pouvant conduire à des actes discriminatoires. Nous montrerons qu’il y a bien en France une hostilité manifeste envers la communauté musulmane. L’enjeu de notre sujet est crucial dans un pays qui compte plus de 4 millions de musulmans, soit environ 8 % de la population selon une étude de l’INED (Institut National d’Étude Démographique1).Depuis environ un demi-siècle, de nombreux immigrants de confession musulmane sont arrivés en France, surtout après la décolonisation de l’Algérie. Immigration voulue et décidée par les autorités politiques pour des raisons économiques. En vertu du droit du sol, les enfants de ces immigrés sont devenus des citoyens français à part entière. Malgré cela, leur intégration (acceptation?) est restée difficile.L’enjeu de cette question est donc majeur.

Lire la suite