Street art: art ou contestation ? un outil de révolte devenu ornement urbain

Par Camille Laurent, Svein Quillatre, Célestin Huguet.

Introduction

nesta

Oeuvre de Nesta

Spontanément, nous trouvons le street art contestataire, libéré, et surtout, «cool ». Nous nous représentons les artistes comme de jeunes idéalistes, qui, envers et contre tout, passent dans l’illégalité pour nous ouvrir les yeux sur une société nécrosée par le matérialisme, l’individualisme et le bourrage de crâne des médias. D’une certaine façon, nous les associons à des résistants dans une guerre secrète qu’ont engagé l’Etat et les médias contre le peuple, de jeunes héros de l’ombre. Cet art à pour but de toucher tout le monde sans discernement (riches, pauvres, hommes, femmes, blancs ou personnes de couleurs…). Après avoir accueilli 15.000 visiteurs et 108 artistes de street art (graffeurs, pochoiristes, colleurs, peintres), la célèbre tour du treizième arrondissement, la Tour Paris 13, qui est devenue une œuvre grâce à l’initiative de la Galerie Itinerrance, a été réduite en poussière le mardi 8 avril 2014. Les amateurs de street art ont donc du faire leur adieux et trouver d’autres lieux à taguer. Le galeriste Mehdi Ben Cheikh, a donc su séduire un grand public, prêt à faire huit heures de queue pour accéder au lieu. Considéré comme un « sanctuaire artistique » d’après le journal Le Figaro et comme « la plus grande exposition de street art jamais réalisée » d’après le journal 20 minutes, cette tour laisse place maintenant à de nouveaux logements. On comprend que le street art occupe aujourd’hui une place importante dans notre société. Cette idée de l’artiste de street art disparaît dès que l’on s’intéresse au sujet, pour laisser apparaître une mode et un nouvel art à part entière, bien loin des premiers graffeurs de mai 68 ou des années 90 avec leurs slogans accrocheurs tels que « Sous les pavés, la plage», ou alors une œuvre représentant un militaire en uniforme, couvert par son camarade, taguant un « peace and love ». De plus en plus aujourd’hui, le street art sort de la rue, entre dans les galeries d’art, dans les grandes surfaces, s’appose sur les t-shirts et dans nos salons. De plus en plus, nous lui accordons de l’importance en tant qu’art, le coté contestataire n’étant sûrement plus qu’un prétexte, ou un effet de mode tel que les t-shirts Che Gevara aujourd’hui. Une application iPhone et Android vient d’être lancée en partenariat avec la Ville de Paris, ce qui permet au street art d’avoir son réseau social : My Paris Street Art permet de répertorier et de partager toutes les photos d’art de rue dans Paris. Cependant, bien que nous percevons le street art plus comme un art qu’autre chose, nous l’associons toujours à la contestation. Nous la sentons moins présente, même absente, et pourtant nous ne pouvons nous empêcher de l’appréhender comme une constituante de cet art, comme si le street art ne pouvait être « street art » sans contestation.

D’ailleurs, certains artistes, qui n’incluent pas la contestation dans leurs performances la considèrent comme une constituante. L’artiste Nesta, par exemple, définit le street art comme ceci :

« Le street art c’est un mouvement parmi tant d’autres qui est actuelle et qui est d’aller dans la rue et poser son style et de revendiquer un message. ».

Comme nous pouvons le voir, cet artiste nous donne la définition du street art en incluant y la contestation. Mais lorsque l’on regarde ses œuvres, la contestation ne se ressent pas. La vocation artistique, elle, est bien apparente. Cela montre bien à quel point la contestation, dans l’esprit du public comme des artistes, fait partie intégrante du street art. La contestation dans ce domaine est presque nulle aujourd’hui, elle s’affiche comme simple alibi à apposer illégalement une œuvre sur des murs publiques. La contestation dans cet art semble tourner en rond. A part quelques artistes connus, la contestation, si elle existe encore vraiment, n’est pas claire ou pas aboutie. La démocratisation du street art a changé sa fonction, cet art semble se métamorphoser en un simple art pictural. Ce sont les premières impressions que l’on peut avoir en observant et comparant le street art des années 80-90, et celui d’aujourd’hui, avec tout ce qu’il entraîne (mode, pub…). Bien sur, un art évolue, et est fait pour évoluer. Peut-être l’évolution du street art verse simplement vers une œuvre picturale, sans sens caché ou même explicite. Mais la pensée commune qui l’accompagne défini toujours le street art comme contestataire. Dans quelle mesure l’exemple du street art montre t-il que la limite est fine entre art contestataire et non contestataire ?

Nous avons donc mené une enquête sur ce milieu dont on croit tout connaître. En groupe de trois, nous avons interrogé trois artistes de rue et une galerie d’art spécialisée dans le street art. Ces entretiens nous ont donnés beaucoup de clés pour comprendre ce milieu atypique, en dehors des normes communes. Cependant, plus on creuse dans ce milieu, plus on se rend compte qu’il reste encore plus à comprendre, comme un iceberg. C’est ainsi que nous pouvont dégager trois points importants : le street art n’est pas du vandalisme pur et simple, cette forme d’art se rapproche d’une forme de révolte moderne, le street art devient un phénomène de mode.

***

Méthodologie et rapport subjectif

Le premier artiste que nous avons interrogé est Sixo qui est à l’origine illustrateur et qui pratique également depuis une dizaine d’année l’affichage ainsi que le graffiti. Son style graphique s’inspire essentiellement de la bande dessinée et plus précisément de la bande dessinée américaine des années 80. Il aborde des thèmes tirés de l’imagerie des années 30 à 70, ou bien utilise des images banales dont il se réapproprie la signification. Madame Moustache est la deuxième artiste que nous avons rencontrée, c’est une street artiste qui commence à percer dans le milieu de l’art. Directrice d’un restaurant, elle se démarque dans son hobby, le collage dans la rue. Puis il y a Nesta : artiste qui n’est pas encore connu du grand public et que l’on peut considérer comme un apprenti street artiste malgré son expérience. Nous l’avons rencontré pendant qu’il graffait dans la rue de la Huchette dans le 5ème arrondissement de Paris. La galerie Le Feuvre, créée par Franck Le Feuvre, est une galerie d’art contemporain qui ne s’enferme pas dans un courant artistique particulier. Elle est située au 164, Rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris. Ce dernier entretien nous a beaucoup appri sur le marché du street art et nous a donné une approche plus professionnelle. Grâce à des outils comme internet et les journaux, nous avons pu recueillir des informations supplémentaires sur le street art. Nous les avons consultés régulièrement et nous nous sommes aperçus qu’ils faisaient régulièrement des articles sur le sujet. Internet a été utile pour les recherches sur certains ouvrages et nous a permis, grâce a des sites comme Cairn, de trouver des articles spécialisés sur le street art. La difficulté a été avant tout de prendre contact avec les personnes : nous avons proposé a beaucoup d’artistes de faire des entretiens mais certains étaient retissant, trop occupés pour nous recevoir, voir même irrespectueux.

Nous avions bien sûr des préjugés à la base sur le sujet. Une personne du groupe n’était pas du tout renseignée sur le sujet et a vu en cet article l’occasion de découvrir un domaine qu’il ne connaissait pas. Des préjugés tels que : le milieu est fermé à la femme, ce sont plus des personnes en manque de reconnaissance qui font du street art… circulaient parmi nous. Cet article nous a fait sortir de ces préjugés et nous a montré un univers que nous ne connaissions pas si bien que ça en réalité.

**

Partie théorique, état de la recherche

Quelques études liées à ce sujet démontre que le street art à des enjeux importants :

À travers l’étude du cas de Clémence LEHEC (pour son Mémoire de Master 1 à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne) nous comprenons qu’il existe un lien entre l’art urbain et l’espace israélo-palestinien. Pour l’auteur le street art est un moyen de revendiquer un espace public, une déterritorialisation qui modifie la frontière. Il existe aussi un enjeu de conservation de l’histoire et de la mémoire de cette population ainsi qu’une création d’identité. Il est symbolique et est, d’après elle, aujourd’hui légalisé car il est toléré :

« S’il reste un art revendicatif et subversif, il n’est plus tout à fait illégal puisque il est tout à fait toléré. »

Le problème de cet article c’est qu’il n’est pas assez développé et qu’il comprend un cas particulier : le street art dans l’espace israélo-palestinien. Il a fait partit de notre base de recherche et on peut retrouver certaines idées de Clémence LEHEC pour le cas du street art en France comme l’idée de territorialisation et d’une quête de l’identité chez les street artistes. Mais nous ne voyons pas une volonté de conserver l’histoire mais de rapporter le présent : se référer à l’actualité.

http://crfj.hypotheses.org/293

L’expression en milieu urbain, article de Ewa Bogalska-Martin analyse deux graffs qui appartiennent à une fresque gigantesque à Grenoble. Ewa Bogalska-Martin commence son analyse en montrant qu’il existe deux points de vue différents sur l’art : il y a « l’architecturalement correct » et ce qui est « contre la loi esthétique ». Elle définit les tags et les graffs comme des :

« cris de la jeunesse exilée, marginalisée et sans perspective ».

Elle pense que le street art est une révolte contre la nudité du vide, une révolution sociale. Le graff ou le tag n’est pas une marchandise d’art qui se cherche à vendre. Ils ne sont pas médiatisés et ne s’achètent pas. Ils rejettent totalement la société de consommation. La réalisation des graffs est ainsi pour elle, une expression de la culture territoriale, de la cité et les graffs permettent de s’évader et de se sortir de l’échec scolaire, la galère, la violence, le manque de repères et de travail. Ewa Bogalska-Martin pense que le street artiste cherche a laisser des traces de son passage : le tag laisse un signe d’existence lisible tout comme les indiens autrefois. C’est finalement par le débordement héroïque que l’auteur à voulu conclure cet article. L’art du graff c’est l’expression même de l’héroïsme moderne. Certains jeunes vont, parfois au péril de leur vie, gripper sur des murs ou escalader des piliers d’autoroute pour laisser sa signature. Pour nous autre, ce sont des fous mais pour ses amis c’est un héros. Le graff refuse d’être anonyme : derrière chaque signature il y a quelqu’un qui a voulu laisser sa trace, une jeunesse délaissée (on y trouve même des sites internet ou des numéro de téléphone). Il y a une volonté d’intégrer un espace plus vaste que les cités d’exil, une appropriation de la liberté ; on fait ce qu’on veut, quand on veut, où l’on veut.

Cet article est très intéressant car les recherches ont été faites en France et l’auteur prend le cas d’une grande ville. Il est donc possible de faire des parallèles avec notre article qui se concentre sur Paris. Mais l’article est pleins de préjugés : nos analyses nous ont montré qu’il ne s’agit pas de « jeunes de cité » complètement perdu qui taguent et gaffent. Nos entretiens nous ont montré que les street artistes venaient en général d’un milieu modeste mais pas complètement défavorisé. Nous sommes d’accord que le fait de vouloir « laisser sa trace » est un enjeu dans le street art mais ce n’est pas ce qui le caractérise le plus. Par ailleurs, nous avons vu que le street art cherche a se vendre, il n’est pas gratuit. Beaucoup d’artistes de street art sont réputés et coûte très cher dans le marché de l’art.

***

Voyou et artiste, artiste-voyou, ou voyou-artiste

Le street art, parcours et évolution

Œuvre d’un « artiste » à Paris

Tag d’un »Voyou » en banlieue parisienne

Pour commencer, il faut connaître l’histoire du street art, son parcours, de ses débuts jusqu’à aujourd’hui, comment il a émergé. Le street art, d‘après le livre Trepasse: Une histoire de l’art urbain illicite, naît en 1967 à Philadelphie (Pennsylvanie, Etats Unis), où deux jeunes hommes taguent leurs noms à la bombe noire bon marché dans la ville, sans signification apparente. Ce nouveau mouvement vandale intrigue et commence à faire parler de lui lorsque l’on retrouve d’autres tagueurs à New York et dans plusieurs autres grandes villes des Etats Unis. Ces vandales ne savent pas trop eux-mêmes pourquoi ils font cela, mais cet « art » sans vocation artistique évolue lors d’une « guerre » entre différents groupes de tagueurs dans les années 1975, après que la culture Hip Hop s’y soit liée. Cette « guerre » se met en place lorsque certains groupes de tagueurs de New York tentent de rivaliser entre eux. Ils cherchent donc à changer leurs tags, à les faire évoluer. Le street art tel que nous le connaissons aujourd’hui est né. Ces tagueurs en compétition tentent de nouvelles techniques, créent de multiples performances. Ils veulent êtres les précurseurs d’un nouvel art. Peu à peu le « beau » apparaît, en même temps que des slogans ou des œuvres picturales à vocation contestataire. Le vandale devient art. Le street art est donc parti de détériorations, avant de devenir un art accompli avec ses règles. Des règles implicites que tous les artistes connaissent, comme ne pas taguer sur une autre œuvre. Cependant, le street art est techniquement totalement libre, qui va du simple tag bien fait à la bombe, à la grande fresque de dix mètres de haut, en passant par le pochoir et le tricot.

Des artistes reconnus

Il ne faut donc pas confondre, dans le street art d’aujourd’hui, le tag vandale, et le street art comme art accompli. Jusque dans les années 90-2000 en France, le street art en tant qu’art ne s’était pas vraiment développé. Par conséquent, la vision des gens par rapport à lui était assez péjorative. Nous classions tout, ou presque, ce qui touche au street art comme vandale, les artistes de street art étaient dans l’esprit commun, des jeunes de banlieue, des voyous, voulant à tout prix rendre la ville sale et moins belle. Il en est tout autrement aujourd’hui. Avec le temps, le street art s’est démocratisé, a évolué, laissant place à de belles œuvres. Sa valeur artistique a été prise en compte par les passants, qui sont tout de même son plus grand public. Avec l’évolution de l’art de rue, sa démocratisation, le beau a supplanté le vandale. Les procès envers les artistes ont diminués. Les juges qui traitaient en majorité de jeunes voyous se sont retrouvés à juger des artistes. Certains mêmes se retrouvent avec les félicitations du juge pour leurs œuvres, s’en tirant souvent avec une faible amende. Dans la suite de cette analyse, nous allons donc parler du street art en tant qu’art, en laissant un peu de coté le vandale. Non pas qu’il soit moins intéressant, plutôt qu’il touche à d’autres domaines, s’ancrant moins dans la contestation que dans la colère face à l’autorité, ou à un simple phénomène de groupe, touchant plus à l’étude de la jeunesse qu’à l’étude d’un art ou d’une contestation. D’ailleurs, comme on peut le voir plus haut, nous différencions bien street art et vandale. Simplement parce que la portée technique et artistique du vandale est quasiment nulle. Le tag du voyou ne consiste pas à grand chose. Le plus souvent, le but est de se créer un pseudonyme et de le peindre partout, comme une signature. Ceux qui impressionnent le plus se font une certaine notoriété parmi les amateurs, se plaçant en haut d’une hiérarchie implicite. Ceux considérés comme les accomplis le sont parce qu’ils taguent dans certains endroits demandant beaucoup de courage, comme au dessus d’un pont ou sur un mur publique dans une rue passante. Le plus souvent sans aucune portée artistique, détériorant les espaces publiques, ce sont ces voyous qui sont le plus recherchés par les autorités, les artistes ne passant qu’en seconde zone, pour, finalement, s’en tirer grâce à un juge à la fibre artistique.

Vandale, mais pas que ; Artistique, mais pas que

Un voyou peut, bien sûr, faire quelque chose avec une portée artistique, mais il sort alors de la définition du voyou que nous nous faisons, ce voyou qui souhaite plus détériorer qu’embellir. D’ailleurs, de nombreux artistes ont commencé par de simples tags dégradateurs, puis ont étoffé leur technique, et ont fini par peindre dans la rue par vocation artistique, ou même contestataire. L’artiste Nesta nous dit : « Pour moi c’est une passion. Je suis parti du graffiti pour après dévier sur le street art. ». Le voyou, lorsqu’il tague, n’a pas le même état d’esprit que le street artiste. Par exemple, Jonathan Roze , employé dans une galerie d’art spécialisée dans le street art, anciennement étudiant en sociologie, nous dit : 

« J’ai commencé à taguer parce que j’étais au collège, et que j’avais des potes. On était 4 ou 5 à taguer. Et puis plus on grandit, plus les portes des chiottes au collège sont taguées, au lycée les murs sont tagués, enfin les tagueurs commencent comme ça. C’est un peu un phénomène de groupe finalement, c’est même pas un besoin particulier d’exister, c’est plus une mode qu’autre chose, c’est des activités à faire quand on est au collège ou même plus tard, on joue au foot et on tague. C’est deux trucs assez naturels en fait. Après c’est sûr que c’est vandale, on n’avait pas de vocation artistique particulière. On le faisait, c’était marrant, il y avait la peur d’être choppé c’est tout. ».

Image 1

Plus comme un sport, une performance nerveuse, la recherche d’adrénaline, l’art vandale s’inscrit dans une optique autre qu’artistique. La tranche d’âge joue beaucoup. Les vandales vont de 12 à 25 ans, alors que les street artistes de 25 à plus de 50 ans. Pour les plus âgés, il semble qu’ils soient des artistes accomplis, qui, à la recherche de nouveautés, se sont penchés sur le street art. Pour la plupart ils exposent en galeries. Nous parlerons plus tard des galeries d’art, et de la mise sur le marché d’œuvres de street art. Le street art, perçu comme violent à cause des images des médias montrant des ghettos et tout l’univers des gangs, n’existe pas. Certes, de vulgaires voyous détériorent les espaces publiques, mais ce ne sont pas des artistes. Le street art est un moyen d’expression, un mouvement qui crée une communauté ayant ses propres règles et revendications égalitaires. On peut le voir comme un milieu idéaliste, à la manière des communautés hippies. Idéalement libre, même au niveau des genres, il est, ou était, un enjeu pour le féminisme et d’autres mouvements malgré la diversité culturelle des artistes. Au fil du temps, le street art a évolué, il est passé de moyen de communication d’une idée à une poésie, une création libre, purement artistique. Il est passé d’un vandalisme exercé par de jeunes personnes sans raison particulière à une communauté d’artistes idéalistes. Bien sûr les voyous n’ont pas disparu et bien sûr, il reste des artistes engagés, laissant certains messages dans leurs œuvres. Seulement, cette contestation ne se ressent pas autant qu’avant, alors que le nombre d’artistes est presque deux fois supérieure qu’il y a dix ans. Nous pouvons aussi voir que la contestation, lorsqu’elle est présente, tourne beaucoup autour de l’écologie, de l’urbanisation intense ou du pouvoir des technologies (voir Image 1).

*

Le street art comme phénomène de mode

Le street art répond aux normes du marché de l’art

Jonathan Roze à la galerie Le Feuvre

Le street art est un art, un moyen d’expression et permet même de faire passer des messages politiques. Mais aujourd’hui, le street art devient de plus en plus un phénomène de mode. En effet, de nombreuses personnes, des amateurs d’art, des collectionneurs, recherchent des œuvres de grands street artistes. L’artiste n’est plus un simple « poète des rues ». Il devient un producteur de capital culturel et économique. Il travaille en atelier, pour répondre aux demandes des Galeries d’art, qui tâcherons de vendre ses œuvres. Il devient un artiste comme tous les autres, soumis aux lois du marché de l’art. Il ne conteste plus la société mais en devient l’un de ses maillons. Pour comprendre la transformation de la notion du street art, il convient de connaître les logiques et l’histoire du marché de l’art en France et dans le monde. Le terme de « marché de l’art » recouvre de nombreux domaines et différents acteurs. Les œuvres sont vendues par l’intermédiaire des galeries ou à travers des ventes aux enchères. Le marché de l’art est divisé en plusieurs secteurs qui correspondent à la temporalité de production des œuvres. Il y a par exemple, l’art classique, art moderne, les objets d’art… Le street art se situe dans l’art contemporain, les artistes étant toujours vivant lors de la vente de leurs œuvres. En France, les œuvres d’art sont considérées comme des biens mobiliers, ayant une fiscalité particulière.Les artistes de street art doivent vivres de leurs productions. Or, à l’origine, le street art est un art de rue qui ne peut être vendu. Les artistes peuvent, à la rigueur, se faire connaître, grâce aux œuvres, comme un moyen de promotion. Le bouche à oreille étant un moyen simple, efficace et gratuit de communication. L’artiste communique et devient plus ou moins célèbre. Mais, d’après Jonathan Roze : « La reconnaissance artistique, clairement elle ne vient pas trop de la rue. Dans le monde de l’art en tout cas, la plupart des galeries s’en foutent de ce que les gens font dans la rue…enfin… « S’en foutent »… Il faut montrer un minimum de technique, de concept… C’est sûr, c’est toujours plus facile de parler d’un artiste quand il a un long passé que ce soit dans la rue ou dans l’atelier, genre Invader… » Il existe donc, une certaine forme de légitimité fournie par l’expérience de l’artiste. De plus, une œuvre posée sur un mur ne va pas beaucoup faire parler d’elle… Le jeune artiste, pour se faire connaître, doit passer par internet, pour ensuite espérer intéresser une galerie. Il est alors, tout de suite, récupéré par le monde du marché de l’art. Ainsi, pour pouvoir vivre de ses performances et de son travail plastique, le street artiste est obligé de s’insérer dans ce monde. Mais, cette contrainte est volontaire (envie de célébrité et d’une situation jugée meilleure). C’est une sorte de passage obligé pour tous les artistes. Ceux qui sont exposés dans les galeries le veulent et ont travaillé dur pour cela. Rentrer dans le marché de l’art, c’est n’est plus « trahir » les normes du street art. C’est une évolution professionnelle bénéfique et importante.

L’artiste soumis aux élites : Passage de la culture populaire à une culture élitiste

Selon M. Jonathan Roze, de la galerie le Feuvre à Paris, il faut faire la distinction entre deux types de street art. Le street art qui a comme ambition de devenir art, soumis au marché de l’art. Et, les œuvres qui sortent de ces normes, et qui sont plutôt considérées comme du vandalisme ou comme un moyen de contestation plus ou moins efficace.

« Il y en a c’est vraiment des démarches sincères, d’autres des démarches vandales… Puis les démarches vandales sont souvent très sincères… Il y a aussi des démarches revendicatives. […] Maintenant, avec le temps, comme ça devient de plus en plus à la mode… Après, il en reste quand même ! Il y en a qui revendiquent des choses mais bon… le problème c’est que tout est tellement noyé dans la masse maintenant, même si c’est revendicatif, on se dit que derrière, il y a une idée… pas marketing, mais pour que le message se distingue. »

L’effet de mode semble être, pour M. Jonathan Roze, l’explication de l’élitisme et de cette barrière entre les normes du street art pour les galeries et les normes pour les œuvres de la rue. Il ne faut pas oublier l’importance des lieux. Il semble aisé de faire une distinction nette entre la Galerie d’art et la Rue, entre street artistes « légitimes » et tagueurs « illégitimes ». Cette distinction a le mérite de simplifier le problème, mais elle ne reflète pas la réalité et la complexité de ce monde social. Certes, il existe, physiquement, l’intérieur de la Galerie et son extérieur, les rues de la ville. La Galerie devient alors une matérialisation de l’élitisme dans le monde de l’art qui n’ouvre pas sa porte à n’importe qui. Mais la frontière n’est pas si imperméable. De nombreux « jeunes talents » sont découverts par les Galeries. Il existe donc un mouvement qui se dessine, un mouvement ascendant. Les jeunes artistes, peu connus, utilisent le street art comme moyen de se promouvoir auprès des Galeries. Pour passer d’une reconnaissance « populaire » à une reconnaissance « élitiste » le jeune artiste va essayer de se faire connaître dans les sphères sociales fermées du marché de l’art.

Victime de son succès

Mur avec œuvre de Banksy avant le vol

Mur après le vol

Banksy est sans doute l’un des street artiste le plus célèbre. Grâce à cette célébrité, les œuvres de Banksy sont extrêmement bien cotés et peuvent valoir très cher. Mais cette réussite peut avoir des conséquences inattendues qui nous plongent dans un vif débat au sein de la communauté du street art. A Tottenham, dans le nord de Londres, une œuvre de cet artiste a disparue, le mois de février 2013, du mur du magasin londonien sur lequel elle avait été réalisée. Des journalistes ont retrouvé sa trace sur Fine Art Auctions Miami (FAAM), le site d’une maison de ventes aux enchères basée à Miami. La vente est prévue pour le 23 février 2013, l’œuvre est estimée entre 375 000 et 525 000 euros.Le street art est par essence un art éphémère. Même si c’est une œuvre de Banksy, on ne peut pas empêcher le propriétaire de repeindre son mur. Le street art est donc voué à disparaître. De plus, dans la mesure où le vandalisme est l’une des bases du street art, il n’est pas étonnant de voir que les œuvres soient volées ensuite. Mais, l’arrivée du street art sur le marché de l’art semble remettre en cause cette logique. On essaye de respecter les règles de la propriété intellectuelle. En France, la loi est simple : tous les droits appartiennent à un auteur sauf ceux qu’il a expressément cédés. Le propriétaire du mur n’a donc que les droits qu’on lui a reconnus. C’est l’artiste qui décide : tout ce qu’il ne permet pas, le propriétaire n’a pas le droit de le faire. Donc, en France, le street artiste est relativement protégé. Ce n’est pas le cas dans d’autres pays.

Le vol d’œuvre de street art montre bien le paradoxe. Maintenant que le street art veut rentrer pleinement dans la sphère du marché de l’art, les artistes sont beaucoup moins libres. Ils doivent obéir à certaines normes comme : ne pas dessiner n’ importe où et n’importe quand. Il est préférable de produire pour les galeries et pour les commandes. Par ces différentes normes, ces règles dictées par le marché, ne coupons-nous pas les ailes, qui faisaient l’intérêt, du street art ? L’œuvre n’appartient plus à la rue. Elle appartient avant tout à l’artiste qui est soumis aux logiques du marché de l’art.

*

Le Street Art, une révolte moderne

La contestation à travers les arts, esprit utopiste et révolutionnaire des siècles passés jusqu’à aujourd’hui

Il existe de multiples formes de contestation, de l’activisme organisé aux actions radicales, de la grève généralisée aux manifestations massives… Mais il existe aussi une forme moins physique : la contestation par les arts. On retrouve dans la littérature, la musique ou encore la peinture une révolte artistique bien présente. Le XVIIIe siècle est en France un siècle de contestations. Les philosophes des Lumières, s’appuyant sur l’exercice de la Raison, n’hésitent pas à remettre en cause les autorités établies, et à critiquer ouvertement l’absolutisme royal et l’Eglise catholique. Selon ces philosophes et érudits, la Raison permet de juger de tout, et rien ne doit échapper à la critique, ni l’organisation de la société, ni la religion, ni la politique. Leur but est de transformer la société pour permettre la liberté et le bonheur des hommes. La littérature des Lumières se veut contestataire et didactique à travers des textes argumentatifs aux formes variées : dictionnaires (Dictionnaire philosophique, Voltaire, 1764);
 essais (De l’Esprit des lois, Montesquieu, 1748);
 pamphlets, lettres, dialogues philosophiques. Les écrivains utilisent aussi la fiction pour dénoncer les injustices du monde réel : l’utopie (L’An 2440, Mercier, 1740), le conte philosophique (Micromégas, Voltaire, 1752), le théâtre (Le Mariage de Figaro, Beaumarchais, 1784). Le vent de contestation générale lancé par les Lumières se répand à travers l’Europe et le monde mais traverse aussi les siècles. On peut trouver d’autres exemples d’œuvres contestataires dans la littérature des siècles postérieurs : Le Dernier Jour d’un condamné, roman de Victor Hugo publié en 1829, qui constitue un réquisitoire politique pour l’abolition de la peine de mort ; ou encore l’article J’accuse… ! rédigé par Émile Zola lors de l’affaire Dreyfus. Plus récemment, 1984 (Nineteen Eighty-Four) roman de George Orwell publié en 1949 qui décrit une Grande-Bretagne trente ans après une guerre nucléaire entre l’Est et l’Ouest censée avoir eu lieu dans les années 1950 et où s’est instauré un régime de type totalitaire fortement inspiré à la fois du stalinisme et de certains éléments du nazisme.

Les Pussy Riot à leur énième procès

En musique, Schubert et Mendelssohn ont voulu faire évoluer le classicisme vers plus de liberté en créant de nouvelles structures d’expression. Après la guerre : Berg et Schönberg cassent le système tonal pour un système atonal. Aujourd’hui on a une rupture totale : il n’y a plus de formes, ni écriture, ni style imposé. La contestation d’aujourd’hui se retrouve dans les paroles en musique et cela commence avec les titres de chansons ou des groupes comme on le voit en 1977, avec le groupe londonien du nom de The Clash. Ce groupe est arrivé en pleine vague punk avec la chanson White Riot (« Riot » signifiant émeute en anglais). C’est un chant révolutionnaire moderne (le morceau s’ouvre sur des sirènes de police), et s’indigne contre la répression policière anglaise à l’encontre des noirs antillais lors du carnaval de Notting Hill de l’été 1976. C’est un style musical très politisé qui marquera à jamais l’histoire du rock contestataire. Deux ans plus tard, sur leur fameux troisième album, London Calling, les Clash livreront un autre manifeste de révolte urbaine, The Guns of Brixton, qui allait également entrer en résonance avec l’actualité. De son côté, le quatuor de DJs français Birdy Nam Nam a composé un morceau intitulé Riot (2009), qui figure sur l’album Manual For Successful Rioting (« Guide pour une émeute réussie »). La Gale (murder Rap) est réputée pour ses lettres de dénonciation des injustices que peuvent subir des migrants de classes sociales défavorisées. Ce sont tous des exemples de musiques contestataires mais dans des genres musicaux différents. L’exemple des Pussy Riot (signifiant littéralement « émeute de chattes », en anglais) semble le plus flagrant et le plus récent dans la catégorie des artistes contestataires en musique : ce groupe de punk-rock féministe russe, formé en 2011, promouvait les droits des femmes en Russie et, en 2012, s’est opposé à la campagne du Premier ministre Vladimir Poutine en vue de l’élection présidentielle. À la suite d’une exhibition jugée profanatrice (une prière punk) dans une église orthodoxe, trois d’entre elles sont condamnées le 17 août 2012 à deux ans d’emprisonnement en camp de travail pour vandalisme et incitation à la haine religieuse. Cependant, il faut faire attention avec les mouvements artistiques contestataires car il peut s’agir d’une pure instrumentalisation à des fins de conversion et de recrutement, comme dans le cas du Rock Identitaire Français (RIF) élaboré par l’extrême droite. Le street art et son côté contestataire n’apporte rien de nouveau hormis un style artistique différent.

Guernica, de Picasso

Dans le cas de la peinture se sont des œuvres tels que Nature morte à la chaise cannée de Pablo Picasso (1912) qui rompt avec les normes de la peinture de l’époque : l’espace n’est pas illusionniste, il ne ressemble pas à la réalité. C’est le premier collage de l’histoire de l’art. Ivan Pougny peint, en 1915, La boule blanche. L’artiste russe critique les valeurs bourgeoises (le bon goût, la culture élitiste, la cherté de l’œuvre) qui sont remises en question par la montée du communisme. Il propose de nouvelles valeurs, un nouveau modèle artistique (œuvre non figurative, matériaux pauvres, radicalité dans la réduction des moyens utilisés…). Les artistes russes participent aux mouvements de contestation qui aboutiront à la chute du Tsar et à la mise en place d’un régime communiste. Un autre exemple de contestation dans la peinture est le tableau de Pablo Picasso, Guernica (1937). Picasso alerte l’opinion publique contre le massacre de la population républicaine espagnole du petit village de Guernica par les nazis. Ce tableau témoigne des souffrances des victimes espagnoles. Le peintre parle de son peuple et révèle ses convictions politiques. Jean Tinguely dans ses œuvres Méta-matic, (1959) et Hommage à New York (1960) critique l’art abstrait à la mode à cette époque, ainsi que la société de consommation et les machines folles qu’elle engendre. Ici, il s’agit d’une machine à faire de l’art. Christo dans Rideau de fer (1961-62) montre qu’il est contre l’édification du mur de Berlin. Enfin, Andy Warhol prend pour modèle des objets du quotidien comme dans Campbell’s Soup Cans (100 canettes de soupe Campbell, peint en 1962) Il témoigne de l’édification d’un nouveau modèle de société : la société de consommation. Dans la même idée, des artistes comme Roy Lichtenstein, Claes Oldenburg, Jean-Pierre Raynaud ou Tom Wesselmann critiquent aussi la société de consommation.

Le street art, art contestataire par nature en perte d’idéaux

La notion d’art de rue est utilisée en archéologie où des gravures à significations politiques ou religieuses ont été retrouvées sur plusieurs sites de fouilles en Egypte ou en Grèce. Le street art n’est donc pas réellement un art nouveau mais son développement et son statut en tant qu’art est très controversé. L’art urbain, ou street art, est un mouvement artistique contemporain qui regroupe toutes les formes d’art réalisées dans la rue, ou dans des endroits publics, et englobe diverses techniques telles que le graffiti, la réclame, le pochoir, la mosaïque, les stickers, l’affichage voire le yarn bombing ou les installations. Il s’agit principalement d’un art éphémère vu par un très grand public. L’art urbain a pour initiateurs des artistes tels que Zlotykamien, Daniel Buren, Ernest Pignon-Ernest. Le street art est donc un moyen d’expression vandale tout d’abord et il s’associe à la culture hip-hop. En France, nous découvrons les premiers graffitis en mai 1968 mais ils ont pour but de porter des messages plus politiques et revendicatifs avec des slogans devenus célèbres tels que : « Professeurs vous êtes aussi vieux que votre culture ». Zlotykamien fut un des premiers initiateurs du street art : dans les années 1970, il dessine à la bombe de peinture des silhouettes fantomatiques dans l’immense chantier dit du « trou des Halles » à Paris. Ses dessins, qu’il appelle « éphémères » évoquent les ombres humaines qui se sont imprimées sur les murs après l’explosion d’Hiroshima. Ernest Pignon-Ernest en 1971 créé Les gisants de la commune de Paris en référence à La Commune de Paris 1871 ou encore Métro Charonne qui dénonce la guerre d’Algérie en 1962. On comprend donc que le street art en France est par nature contestataire comme nous l’affirme Madame Moustache :

« Le street art, par son côté illégal, a quelque chose de violent. Alors c’est par essence même, oui, un moyen d’indignation. »

Oeuvre de Madame Moustache

Aujourd’hui le street art n’est plus de la réelle contestation : il devient moins violent car les artistes cherchent avant tout à faire rire. Le côté contestataire est un moyen de légitimer l’art du street art. Sans ce côté là, leur art n’existerait sûrement pas et ne serait plus que du vandalisme. Cependant c’est par ce rire que certains se révoltent et critiquent : le rire leur permet de faire réfléchir les passants sur la société et le monde qui nous entoure. L’artiste Sixo, par exemple, ne cherche pas à être contestataire au premier abord, il veut faire rire avant tout les passants à travers ses œuvres en utilisant des sujets d’actualités tel que le féminisme, la sexualité, la politique (mariage gay…).

« Le but c’est de me faire plaisir. De faire des belles choses et que les gens aiment. Mon but ce n’est pas de choquer les gens, de les mettre mal à l’aise au premier abord, c’est de les faire rire sur le moment et de les faire réfléchir, (…) je regarde beaucoup de vieilles images d’entre les années 30 et 60 et j’essaye de les remettre dans un contexte actuel. Je veux créer une analogie. C’est aussi en fonction de mon humeur, de mon ressenti. »

Il donne implicitement ses idées sur les sujets mais ne cherche pas, tout comme Madame Moustache, à convaincre le passant, l’observateur. Il s’agit seulement de faire réfléchir les personnes. On retient donc que la limite entre contestataire et non contestataire est fine. Les artistes deviennent souvent tous contestataires sans le vouloir réellement, le fait de s’inspirer de l’actualité fait qu’on touche forcément à des sujets polémiques et oblige souvent l’artiste à prendre position. Les passants sont libres au niveau de l’interprétation des œuvres de street art : les œuvres, qui paraissent les plus explicites, ne passent pas forcément un message critique mais peuvent être seulement un fait d’actualité c’est ce que nous explique Nesta :

« Il y a différentes interprétations. Après découvrir ce que la personne à voulu dire par là c’est intéressant aussi. »

Pour Madame Moustache ses œuvres ne sont pas de la contestation réelle puisqu’il s’agit avant tout de faire réfléchir l’observateur de l’œuvre, qu’il s’interroge sur des sujets polémiques. Elle veut juste que les gens s’interrogent. Elle a un désir d’interroger et d’amuser.

« Si je vois quelqu’un s’arrêter devant une de mes affiches, je suis déjà gagnante, mais alors s’il rit, j’ai tout gagné. La moindre réaction, même la plus négative, est positive. »

L’artiste Nesta par contre cherche la provocation, à transmettre des émotions tout comme la joie mais aussi à faire passer un message aux gens sur une critique. Il a fait des œuvres contestataires sur des sujets comme Facebook.

« Oui j’ai des idées à transmettre,. Il y a des gens qui s’expriment par la musique alors le street art c’est une manière de montrer mes idées, de montrer ce que je pense, de partager ma pensée. Je fais juste de la réadaptation. Après sur des sujets qui me paraissent injustes et qui m’interpellent alors j’aime bien dénoncer. L’augmentation des prix faut aussi la dénoncer par exemple ainsi que les choses qui ne vont pas. Ça fait parti du boulot de l’artiste de dénoncer. Les gens ont pas forcément conscience qu’il y a une « carotte » là-dessus et l’art peut apporter un message là-dessus. »

L’artiste Sixo pense que le street art est de nature contestataire mais que ce n’est pas toujours le cas, que ça dépend de l’artiste. De même pour Nesta, nouveau street artiste, qui nous explique que c’est un choix fait par l’artiste. Ils pensent tout deux qu’il y a deux types d’artistes : les contestataires, c’est à dire les artistes « engagés », et les autres. Nesta rajoute par ailleurs qu’un artiste peut faire de temps à autres des œuvres contestataires mais qu’il n’est pas ce qu’on pourrait appeler un réel artiste engagé.

Sixo : « Quand tu prends des artistes comme Banksy ou comme Blu qui vont repeindre sur un musée à Los Angeles pour critiquer le marché de l’art en dessinant plein de billets. C’est de la révolte pure et dure. (…) Moi je suis dans le groupe des non-contestataires. Pour moi les contestataires se mettent vraiment en danger. Leurs actes ont une grosse incidence par la suite : ça peut être de la prison, des amendes… C’est un engagement plus qu’artistique. »

Nesta

Nesta : « C’est un mouvement, de base, contestataire, on peut pas le nier. Notre société se codifie et on ironise la chose. Mais après pas forcément, ça dépend de la démarche et de l’intention que tu y mets. Tu peux baser tes œuvres à fond sur la contest’ et te créer un personnage de contestataire. Si c’est toi et que t’es vrai avec toi-même… Je m’inspire des critiques dans The Voice, des trucs stupides comme la phrase de Nabilla son « Allo ! ». C’est contemporain, c’est comment évolue notre société. C’est une manière de rester dans la tendance, de rester dans ce qui se fait autour de nous aujourd’hui. Je ne cherche pas à critiquer Nabilla mais sa position de main inspire, on se dit « wah qu’est-ce qu’elle a créé ! ». Après faut prendre ça à la rigolade. »

Nous voyons donc qu’il existe trois types de street artistes différents : les contestataires « engagés », ceux qui ne vont faire que des œuvres contestataires ; les faux-contestataires, ceux qui vont utiliser en général les différentes émotions humaines pour faire réfléchir sur notre société sans donner un réel jugement de valeur et qui font d’autres œuvres par simple plaisir ; enfin on a les artistes qui ne font pas du tout de contestation. A ces trois types, il faut rajouter une quatrième catégorie : les usurpateurs. Les « usurpateurs » sont ceux qui vont profiter de l’intérêt grandissant pour un art, que ce soit pour le street art ou un autre domaine artistique, et qui vont s’accaparer le domaine car il est à la mode, et parce qu’il s’agit d’argent facile pour eux grâce à un intérêt général de la société pour cet art. En l’occurrence, on voit que le street art attire aujourd’hui de plus en plus de monde : c’est un art qu’on pourrait qualifier de « hype » à présent. Cette soudaine reconnaissance attire ce type de personne qui y voit un moyen de gagner de l’argent plus rapidement. Nesta nous en parle, ainsi que de la notoriété grandissante du street art, dans notre interview :

« Sa notoriété est sûrement justifiée. Après c’est facile, il suffit de se dire « les gens aiment ça alors je le fais comme ça j’aurai de l’argent«  ».

***

Conclusion

Art et contestation entretiennent donc de nombreuses relations, ne serait-ce qu’à travers la figure désormais classique de « l’artiste engagé  ». La contestation n’est donc pas toujours physique mais peut être aussi artistique. La contestation dans l’art se fait par la rupture avec un genre, un style dominant : on passe par exemple, de la musique baroque à la musique classique, de la musique classique au romantisme… La création d’un nouveau style est généralement due à la contestation de l’ancien. On remarque aussi une réelle critique de la société à travers certaines peintures, chansons ou œuvres littéraires. Le cas du street art est particulier car il est né de base contestataire (en France en tout cas) mais au fil du temps la contestation a perdu en intérêt sans pour autant s’éteindre totalement : les artistes peignent ce qu’ils voient et contestent quand il faut contester. Hormis quelques exceptions les artistes ne font que des œuvres en fonction de l’actualité sans pour autant chercher à contester. Ils s’inspirent de ce qui les entoure. Cependant la notoriété grandissante du street art, comme nous avons commencé à l’aborder, est un frein à la contestation. L’effet de mode prend le dessus et estompe le coté contestataire. Le street art qui était un mode de pensée est devenu, entre autre, un enjeu commercial. De plus nous avons vu que le street art et le vandale sont bien différents, bien que le coté illicite les mettent tous les deux au même niveau. Malgré le coté « essentiel » de l’illégalité du street art pour être lui même, pourrait-on considérer un statut légal pour les artistes concernés ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s