Le poids des apparences : genre et style – Ihssanne Zitouni et Hawa Toure

Le 15 avril 2014 a eut lieu un événement inaccoutumé ; l’Inde, un des pays les plus conservateurs du monde, a reconnu l’existence d’un troisième sexe, et leurs donne droits- (aux personnes dîtes transgenres, nommées localement les Hijras », « aravanis », ou eunuques)- à toutes aides sociales. Cette reconnaissance a lieu seulement dans quatre pays du monde ; l’Allemagne, le Népal, l’Australie et l’Inde. L’objectif principal de cette enquête a pour but d’établir un état de fait, d’en trouver les causes et d’en dégager un ou des préceptes. De manière générale, on tente de comprendre l’approche à l’apparence, la manière dont les individus usent de celles-ci et à quelle(s) fin(s). Chacun, volontairement ou non, aurait une relation particulière quant à son apparence. L’apparence est un objet en soi, qu’on tente de saisir. Mai 1968 peut être pris comme acte précurseur d’une révolte marquée par le style antiautoritaire, par le réinvestissement politique de la nature et du corps.

Ici, il s’agira de disposer « les apparences » (où l’on exposera, ultérieurement, pourquoi l’usage de ce terme au pluriel) face aux aspirations politiques, sexuelles et sociale. Nous nous sommes approchées de la cause Queer , à la transsexualité ainsi que du travestisme. Afin de mieux comprendre le style transsexuelle, leur rapport à l’apparence, leur engagement politique, si ils en avait un et pourquoi. Notre objet d’étude est de pleine actualité puisqu’encore aujourd’hui le débat sur le genre persiste. Celui-ci n’a été qu’un cas pour comprendre et accentuer le fait que l’apparence est une construction individuelle ainsi que collective puisqu’elle a pour fin, un combat contre des idéologies (avis préconçus, politique mise en place ou non, recherche d’une visibilité, d’un droit etc.). Dire que c’est une construction sociale serait incorrect, c’est une construction qui unit les aspirations de chacun en lien avec des oppositions aux standards sociaux ou idéaux. Par ailleurs, nous allons démontrer que les pratiques sexuelles et identité genrée peuvent s’apercevoir grâce à l’apparence mais que celles-ci n’est pas que superflu. Avant tout propos, définissons les termes qui seront employés ; le travestissement est l’action de transformer, d’altérer la nature de quelque chose ; déformation. A ne pas confondre avec la transsexualité qui est un trouble de l’identité sexuelle dans lequel le sujet a le sentiment que son corps n’est pas en concordance avec son sexe « psychologique » mais appartient au sexe opposé. (Cette définition psychiatrique exclut les travestis, les homosexuels ainsi que les personnes atteintes d’une anomalie chromosomique [syndrome de Klinefelter, de Turner, etc.).La sociologie est de nos jours critiquée, elle reste cependant l’une des « sciences » la plus adéquate pour comprendre des comportements en lien avec d’autres, qu’est-ce qu’ils les déterminent et enfin pour qui sont destinés ces signaux. Nous tenterons de comprendre en quoi l’apparence sert d’arme subversive, est-ce une forme d’engagement politique et morale suffisante. Quelle est la liaison entre l’apparence et l’attitude face aux questions de genre ? Nous avons tenté de saisir une approche oubliée de tous, celle des pratiques communautaires et sexuelles. Pourquoi elles sont tant stéréotypées, cela s’avère-t-il en réalité, il sera pertinent d’analyser un groupe plutôt renié et négligé quant aux médias et de la recherche en général.

 

Partie théorique/ Etat de la recherche

 

La complexité de notre analyse a pour cause plusieurs raisons. Elle peut s’inscrire sur la lignée des inégalités sociales liées aux « handicaps sociaux », la sociologie du genre et de la sexualité, l’objet des classes sociales ainsi que celles des minorités. Ce travail ose aussi s’apparenter aux écrits sur la déviance. Pourquoi ? Parce qu’adopter une apparence qui peut choquée, risquée d’être exclu socialement, avoir une sexualité singulière, se voir appartenir (car cataloguer) à un nouveau groupe, tout cela peut pondre une marginalisation plus ou moins symbolique. Des auteurs comme Simone de Beauvoir Erik Neveu, Christine Guionnet, Isabelle Clair, Judith Butler, Eric Fassin, Hugues Jallon, Barbara Lucas, Thanh-Huyen Ballmercao, Virginie Descoutures, Kees Waaldijk, Stéphane Lavignotte, Julien Picquart, Elsa Dorlin,  Rommel Mendès-Leite, Gérard Pommier, Christophe Bareille ainsi que Daniel Borillo, Bernard Bier, Stéphane Héas, Christophe Dargère, Claude Didry, Gérard Neyrand, Jean Zaganiaris,Sarah Mekboul, Philippe Combessie, Sylvie Mayer, Cécile Chartrain, Isabelle Charpentier, Elisabeth Marteu, Arlette Gautier, Clara Vuillermoz, Christèle Fraïssé,  Bruno Py, Jeanne Robineau, Pascale Jamoulle et Teresa de Lauretis ont traité la sexualité et ses enjeux sociaux.

Sur les prérogatives de l’apparence, ont travaillé des personnes telles que Dominique Pasquier, Élisabeth Algava, Marilyne Bèque, Landy et Sigall, , ainsi que Jean-François Amadieu. Ce dernier a dénombré trente ans d’études américaines et européennes sur le sujet et en tire une conclusion alarmante : toute notre vie, en amour comme au travail, notre apparence conditionnera nos relations aux autres. Poussant son analyse, le sociologue démontre combien la beauté est un outil de discrimination sociale que les élites imposent aux classes inférieures. Les idéaux types seraient blondeur, minceur, jeunesse. Que l’on s’y résolve ou que l’on se révolte, nous n’en sommes pas moins, dès la naissance, soumis à la première des injustices : celle des apparences. Cependant cette étude semble quelques peu datée. En effet, nous pouvons le remarquer, les critères de beauté ont évolué et ne sont plus uniformes. De plus, J.F. Amadieu décrit un rapport de pouvoir symbolique mais ne montre pas comment les « dominés » contrent ceci.

Chez ces auteurs, on entend beaucoup le terme d’ « altérité » sans que cela puisse être compris et expliqué l’utilisation de ce termes. Ils ne semblent pas avoir analysé et fait un état de fait honnête sur la multitude sexuelle présente. L’altérité vient du latin alter qui veut dire autreautrui. L’altérité c’est donc « le caractère de ce qui est autre ». C’est à dire de tout ce qui n’est pas moi, voulant dire l’état de distinction. Ils auraient tendance à mêler psychanalyse, psychologie sociale, psychiatrie etc.). Pourquoi pas ? Il faudrait alors définir les limites qu’il y aurait, le lien entre ces différentes sciences et la sociologie, le passage de l’acte individuel (raison et acte) à l’interaction avec le reste de la société. Ces réflexions ne traitent pas non plus du pourquoi ils font ces études. Judith Butler et Dick Hebdige en sont l’illustration. Si l’on veut faire une étude basée sur une pure neutralité, il faudrait expliciter le choix de cette étude, établir un état de fait des préjugés, les tester empirement, si cela s’avère ou non. Si non, connaître la cause de ces stéréotypes non fondés. C’est, selon nous, la clé d’une sociologie moins partisane.

On cherche à comprendre aussi une subjectivité, notamment celle de l’enquêteur, d’où tout commence. Nous avons tenté de saisir l’ampleur des inégalités face aux genres et aux apparences.

Selon l’INSEE, en 2003 : 49 % des 18-24 ans ont connu au moins un motif de mauvais traitement (moquerie, mise à l’écart, injustice, refus d’un droit).

 

  • Les différentes formes que peut prendre la révolte « douce » de l’apparence

 

  • Le style ne serait pas uniquement le reflet d’une appartenance à une classe sociale.

 

Selon les constations, une partie du physique s’octroierai une part de volonté à « troubler », à dépasser les clivages conventionnels qu’émet la société. La transfusion du genre masculin à féminin est par exemple, un comportement qui se traduit grâce aux aspirations de chacun. Cette action liée à l’apparence n’est pas vide de sens puisque cette apparence est cultivée et adoptée au quotidien, toujours dans une perpétuelle recherche. Cette recherche d’une apparence spécifique n’a également pas d’âge. Elle varie selon le sexe mais pas l’âge. Deux variables primordiales pour comprendre.

Par ailleurs, en sachant que le comportement individuel est hétérogène vis-à-vis de lui-même, il le serait encore davantage vis-à-vis de la société.

Nous pensons que les individus qui composent la société ont compris la valeur du corps, le sens qu’il pouvait dégager selon la manière dont on le manie, comment on le façonne et en use pour diffuser ses aspirations.

On pourrait penser qu’il y a une forme de domination de la société visant à catégoriser les individus selon leurs apparences et ce qu’elles- reflètent. N’est-ce pas également le rôle de la Sociologie, de catégoriser ? Oui, mais cette dernière est dîtes d’une « science » qui essaie de comprendre l’environnement humain, ce qui en découle et pourquoi. Elle se doit d’être explicite et d’en tirer une classification pour dégager des tendances claires, bien qu’elle puisse être critiquée pour cette division.

Cet engagement, à utiliser son apparence comme revendication personnelle mais aussi collective, peut avoir subi des fluctuations ces dernières années.

La socialisation primaire ne jouerait pas un rôle décisif dans la détermination de l’apparence. Cela nous apparaît paradoxal, car comme le disent nos entretiens, le rapport à la misogynie (le trouble lié à la sexualité qui se répercute sur notre aspect physique) se fonde dès l’enfance. Nous entendons par là, une transformation qui passe par l’habillement et le maquillage.

« Je pense que ça remonte à l’enfance. J’ai toujours piqué des vêtements à ma mère et je me maquillais aussi. Je me rappelle d’ailleurs que mes parents m’ont déjà surpris et qu’ils se sont moqué de moi. Ce n’est pas forcément quelque chose de facile à accepter mais ce sont des choses que je me suis réapproprié au moment où j’ai commencé à fréquenter les milieux queers. Mais je peux aussi avoir des apparences très viriles parfois. J’aime bien aussi mélanger les deux ! »

Nous pouvons valider notre troisième hypothèse qui consistait à dire qu’à travers son style on peut se redonner des repères. Ne plus s’adonner aux normes sociales. Ne plus être à la commande d’une société normative avec des visions objectives du « bien », du « beau », du »normal ». Le style ne serait plus une question de classe sociale mais de choix universels de se révolter contre nos sociétés contemporaines. Sachant que la mode est à dimension internationale et a donc plus d’impact. D. Hebdige confirme que les sous-cultures s’appuieraient toujours sur les mêmes idées individuelles. L’impression de ne pas être conforme à ses idéaux, à soi-même, la sensation d’être lésé, de ne pas être en accord avec les dispositions actuelles de nos sociétés, la perception d’un manque de communication entre dirigeants politique et le reste de la société. Un sentiment d’injustice et d’inégalités envers des populations spécifiques (comme les immigrés ethniques et religieux, homosexuels, bisexuels, pauvres, l’antagonisme « jeune » versus « adultes » et tous les enjeux allant de paire, les SDF, les ségrégations spatiales entre ville et banlieues ainsi que capitale versus province etc.). Tout ceci contribue à un ressenti négatif de domination contemporaine, car implicite, d’une conformité d’être, d’agir et de consommer. Toutefois, nous pouvons remarquer que nos années 2010 se démarquent du fait que la consommation s’utilise de manière différente aujourd’hui. Les classes populaires auraient leurs enseignes, tout comme les classes favorisées auraient les leurs. Selon nos moyens financiers nous, ne fréquentons pas les mêmes lieux. Cela est analogue à l’apparence, quand un individu est catégorisé marginal, peu importe son milieu social d’origine, puisqu’il a adopté un style (androgyne) qui est renié par ses pairs alors il ne peut plus fréquenter les mêmes lieux que ses parents (par exemple).

Le style amène aussi la controverse.

 

  • L’apparence et le style comme arme politique et expression d’une opinion.

 

Les formes traditionnelles de révolte se transforment aujourd’hui. Effectivement, ce genre d’engagement politique et moral, par le biais de l’apparence, peut être remis en question quant à sa force contestataire.

La confusion du genre, selon nos enquêtés, est une arme qui les sert comme les dessert. Le style permet d’exprimer une opinion propre et typique. L’idée est de dire que l’individu qui exprime un avis particulier tel que l’accès aux droits (mariage, adoption etc.), avec son apparence décide de le faire via une conscience collective. Mais qui aurait conscience de cette conscience collective ? La limite de ces pratiques porterait sur l’absence de visibilité des réels intérêts de l’engagement. En amont, des actions non fréquente et mal menées (organisées), peuvent être dû aux moyens matériels, financiers peut être insuffisants. Se révolter par une apparence qui est perçue comme extravagante voire choquante, leur apporte un confort. Confort dans le sens où ils savent qu’ils sont rejetés, ils assument ce qu’ils sont et le montrent, le revendiquent.

« Moi je vois plutôt mon action politique comme une forme de résistance. En fait c’est quelque chose de très dur mais en même temps c’est aussi ce qui permet d’apprécier la vie. Enfin, je n’ai pas l’impression de servir à rien quoi. »

On pourrait penser ici que l’engagement n’est qu’une action pour s’auto-rassurer. Elle n’aurait pas d’impact réel car il n’y aurait pas de fond à investissement pour un renversement complet. Il y a une conscience que cela ne serait pas réalisable. Ce qui est difficilement compréhensible. On s’engagerait en connaissant, au préalable, les issues insatisfaisantes voire nulles.

« Je pense que c’est important ne serait-ce que parce que ça existe, parce que ça peut parfois instaurer des rapports de force qui vont te permettre d’avance sur certains sujets. Par exemple, l’année dernière je suis allé manifester pour le Mariage pour Tous, je m’en fiche du mariage mais juste pour des questions d’égalité des droits et parce que je pense qu’il faut prendre ce qu’on peut. Je suis allé manifester mais en essayant de « visibiliser » mes propres mots d’ordre, à l’époque je faisais partie des Pink Bloc. »

Une société trop normée pousserait aux transformations de modes d’action des français mais aussi à un engagement plus ou moins fort selon les causes.

« Ce qui me révolte c’est que le gouvernement n’agisse pas. Suite à cela on peut se replier dans un monde parallèle, un monde militant où la plupart des gens sont d’accord avec toi, même si il y a parfois de gros conflits. Je trouve ça plus facile de s’établir en sous-cultures avec des signes distinctifs ».

L’un de nos enquêté, Vincent, affirme par ses propos que la gestion des apparences est pour lui un but à semer le doute, conduire à une confusion des genres qui serait en elle-même l’acte de révolte. D. Hebdige reprend la base marxiste et l’actualise sur fond d’analyse des sous-cultures juvéniles. Il y aurait un fossé entre une société idéal et une société effective où l’individu ressent une frustration continue car cet idéal semblerait inatteignable. La résultante proviendrait d’une sociabilité aliénée par la marchandise, la mondialisation, de la standardisation des moyens de se cultiver mais aussi de parler. Tout ceci sur fond de rapports de forces et de pouvoir, par un capitalisme qui s’est emparé des affects et des attitudes à ses propres fins.

En outre, la lucidité des individus a bien lieu où l’on laisserait le scepticisme hors jeu.

 

  • Le trouble et le paradoxal comme signes d’investissement mutuel.

 

Le style servirait donc à dépasser son identité sociale de base mais pas seulement. Le choix de se vêtir et de paraître travestie est l’objet de subversion, l’appareillage mis en route pour heurter, contrarier et de semer les actions escomptées.

Pourtant, quand un individu semant la confusion des genres, en se maquillant (si il est homme), en mettant des vêtements du sexe opposé, il crée juste un regard stupéfait de la part des autres acteurs sociaux. L’individu en s’apprêtant de la sorte ne donnerait aucune indication sur de profondes idées. D’où le questionnement si l’apparence se rattacherait à l’indignation ou à la révolte.

Comme nous l’énoncions dans nos hypothèses, le style travesti ou transgenre sert comme moyen de reconnaissance et de distinction pour les membres d’un groupe. Or, ceci n’a pas de véritable sens pour le reste de la société, qui perçoit cette apparence seulement comme l’expression d’une originalité (quelque fois perçue comme surfaite). Cette hypothèse est à caractère relatif. Selon les individus, l’apparence est l’expression d’un réel sentiment d’injustice tandis que pour d’autres elle est simplement tirée d’envie personnelle. Nos enquêtés le prouvent grâce aux entretiens qui relatent deux appréhensions différentes quant à leur relation à l’apparence ;

 

« Je suis différente et je l’assume, je pense que c’est une maladie. Je me sens un peu mauvaise car je suis égocentrique et purement capitaliste. J’ai subi de nombreuses agressions qui ont été faîtes par des hommes, je crois que c’est peut être à cause de cela que je ne veux plus leur ressembler. C’est une forme de colère et frapper tout le monde en affirmant cette apparence. »

 

Ces propos rapportés par Maira son forts de sens, « elle » pense que si elle se transforme petit à petit en femme extravagante c’est à cause du rejet de la représentation que peut avoir l’homme (l’affiliation à la masculinité) en société. En outre, elle ressentirait une souffrance vis-à-vis d’aux et un dialogue rompu avec les personnes du même sexe qu’elle.

C’est une communication qui est polysémique, en d’autres termes, qui possède plusieurs significations. Vincent, un de nos enquêté cherche par exemple à mêler virilité en adoptant le style Skinhead tout en mettant du rouge à lèvre pour exprimé sa part de féminité.

 

« Pour moi la transformation doit être complète, le 21 mai prochain je commence mon processus de transsexualité avec une thérapie d’hormone. Cela passe aussi par le changement de mon prénom, mon lieu de vie et évidemment mon corps puisque je compte enlever mon pénis » (Maira)

 

  • Confusion dans le genre : entre affirmation d’une individualité et sentiment de révolte

 

  • L’importance du style et de l’apparence dans le dépassement de l’identité sexuelle.

 

     « Oui on peut dire ça mais ce n’est pas que du jeu. C’est aussi quelque chose qui s’impose à moi d’une certaine manière c’est aimer avoir la liberté d’avoir l’expression de genre que je veux »

Ces mots nous viennent d’un jeune homme d’une vingtaine d’années que nous appellerons Vincent et que nous avons rencontré dans le cas de notre enquête. Physiquement, il est brun avec la tête rasée et son apparence rappelle celle des skinheads des années soixante, une sous-culture anglaise, avec sa veste Harrington et son polo Fred Perry. Sauf que son polo, il l’a emprunté à sa sœur et qu’en plus il porte du rouge à lèvre. Il donne déjà le ton. Il ne veut pas que son apparence soit dictée par les codes de la société dans laquelle nous vivons. Alors il se sert des vêtements, du maquillage et des coiffures pour semer le trouble et revendiquer sa liberté à avoir l’identité sexuelle de son choix. Se servir de l’apparence pour marquer une ambiguïté en ce qui concerne l’identité sexuelle qui ne date pas d’aujourd’hui. En effet, on assiste à la naissance de ce phénomène dans les années 60 avec le développement du mouvement « glam-rock » et ses égéries telles que David Bowie à ses débuts et le leader du groupe Queen, Freddie Mercury.

D’autres personnes décident de changer leurs apparences pour des causes plus individuelles et intimement liées à leur personne. En effet, il arrive qu’un homme se sente plus homme que femme et inversement. Ainsi, pour affirmer qui ils sont ; ces personnes se servent de tous moyens à leurs dispositions tels que le maquillage et les vêtements pour changer d’apparence. Pour mieux comprendre le phénomène il faut faire une distinction entre les travestis et les transsexuelles. Le transsexuelle ne s’habille pas juste comme une personne de l’autre sexe, il change de sexe à l’aide de traitements hormonaux et d’opération chirurgical. De plus, lors de notre rencontre avec Vincent nous lui avons demandé la différence entre un transsexuel et une transsexuel.

« Des hommes transsexuels, donc des personnes qui sont nées femmes mais qui s’identifient comme garçon. Après il y a des femmes transsexuelles, des personnes qui sont nées hommes mais qui s’identifient comme femme. »

A contrario, un travesti est une personne qui adopte les vêtements, coiffures et comportement de l’autre sexe par exemple un homme qui s’habille et se comporte comme une femme. Ainsi, lorsque nous avons rencontré Maira, un jeune homme de 21 qui s’est toujours senti plus femme qu’homme. Nous avons insisté sur cette distinction en lui demandant si elle était un travesti ou une transsexuelle. De plus Maira préfère qu’on face référence à elle avec un prénom féminin. Toujours, dans cette optique elle a changé de prénom pour qu’il fasse plus féminin. Cela sème donc le doute.

« Je ne suis pas transsexuel. Je n’ai rien changé et je suis comme je suis née. Mais à partir du 21 Mai, je vais commencer mon processus de « transsexualité » parce-que mon corps va changé. Mais pour le moment je dis que je suis un travesti même si je sais que je suis une femme à l’intérieur »

Ainsi, pour le moment Maira est un travesti comme on le voit à travers son apparence et son style. En effet, lorsque nous l’avons rencontré elle portait une jupe, des bottines à talon mais aussi une perruque et elle était soigneusement maquillé et rasé. Cependant, comme elle nous l’a expliqué Maira est surtout une transsexuelle en devenir donc en perpétuelle transition.

 

  • Le style et l’apparence comme moyen de cohésion au sein d’une sous-culture liée à l’identité sexuelle

 

       « Le mouvement queer est apparue si je ne dis pas de bêtises dans les années 80, sous l’impulsion de certaines sous-cultures drag queen, transsexuelles, lesbiennes, homosexuels d’Amérique du Nord. Ce mouvement se confronte surtout au mouvement LGBT mainstream qui est considéré comme assez radical. Le mouvement queer a une perspective d’intégrer tous les gens avec leur diversité, leur côté dérangeant et de dépasser les clivages de genre et de sexualité. »

Ce mouvement dont Vincent nous a parlé et dont il fait partie est l’un des plus connu en ce qui concerne les sous-cultures lié à l’identité sexuelle. Le mouvement Queer se bat pour faire accepter à la société un modèle autre que « l’hétéro-sexisme » (ou l’hétérosexualité ainsi que les relations dîtes exclusives). Autrement dit, ils veulent faire reconnaître à la société l’existence d’un autre modèle où l’orientation sexuelle des personnes n’est pas strictement hétérosexuelle et n’est pas conforme aux normes liées à leur sexe. Cependant ces personnes refusent de définir leur orientation sexuelle ou leur identité sexuelle comme nous l’a expliqué Vincent :

« J’ai un parcours, je pense, asses compliqué sur la question de la sexualité qui est que ma première relation sexuelle était avec un garçon. Après j’ai essentiellement eu des relations avec des filles, jusqu’au jour où j’ai commencé à sortir avec des personnes qui sont nées fille mais qui s’identifient comme garçon ou qui sont binaires c’est-à-dire qui se définissent ni comme femme ni comme homme ou les deux ou entre les deux. Il y a plein de possibilités. Je me suis dit à un moment donné, parce que je me suis longtemps considéré comme hétérosexuel, que c’est par respect pour l’identité de genre que je choisissais d’adopter des personnes, je ne pouvais pas continuer à me définir comme hétérosexuel. »

Les sous-cultures, telles que le mouvement Queer, utilisent souvent leur apparence pour revendiquer leur opinion en semant par exemple le trouble quant à leur identité ou orientation sexuelle en utilisant des vêtement décalé. Ainsi Vincent, nous a expliqué que lors des « manifs pour tous » il portait des vêtements plus féminins :

« Je me maquillais beaucoup plus et je me mettais plus souvent en mini short avant la manif pour tous. Ce qui est paradoxal c’est que c’est aussi un acte en parti politique. »

Depuis cette « manif pour tous » et le débat auteur du mariage homosexuel, Vincent et ses confrères sont moins à leurs aises dans les rues parisiennes. Un climat hostile s’est instauré. On a pu donc apercevoir une nette fracture entre idéaux conservateurs et ces personnes dîtes « hors normes ».

De plus, le style est aussi un moyen de reconnaissance et de distinction pour les membres du groupe. En effet, les membres du groupe ou de la sous-culture se servent de leurs tenues vestimentaires et de leurs apparences en générale comme moyen de distinction et de reconnaissance. Selon Dick Hebdige, « les sous-cultures exhibent leurs propres codes ». Ces codes sont propres aux différentes sous-cultures et ils ont été « pensés délibérément ». En effet, les membres du mouvement « glam-rock » avaient tendance à porter des tenues excentriques, couvertes de paillettes, des hauts talons et aussi du maquillage. Ils se distinguaient des autres sous-cultures grâce à leurs vêtements et leurs comportements androgyne. Par ailleurs, cette reconnaissance et cette distinction grâce à l’apparence permet d’assurer la cohésion au sein du groupe. En effet, le style représente pour les membres du groupe un code de sociabilité. Puisque la plupart des membres des sous-cultures sont en marge de la société, ils utilisent leurs apparences (vêtement, maquillage, coupe de cheveux) pour se reconnaître entre eux. Ainsi, une grande et garantie de solidarité naît entre les membres du groupes. Ils forment une sorte de famille dont les membres n’ont pas de trait physique en commun mais un style propre à eux.

Conclusion

Se révolter à travers son apparence et son style : entre idéaux politiques marqués et expressions d’une individualité. Tel est le sujet sur lequel notre enquête a porté. Le style tout comme l’apparence, c’est quelque chose qui est propre a un groupe mais aussi à l’individu lui-même. C’est la façon dont les membres du groupe s’habillent, se comportent. L’apparence est un sujet complexe qui a nécessité une étude dédiée à l’analyse des différentes manières d’en user. Les années 2000, et en particulier 2010 représentent une période paradoxale. Bien que nous soyons dans une ère révolutionnaire, avec l’explosion des nouvelles technologies et l’augmentation des personnes qui s’en servent ; nous avons essayé de dépasser le clivage démontrant une différence entre « étude du genre » et « théorie du genre ». Lors de notre enquête, nous avons rencontré des personnes engagées tels que Vincent, qui se révolte avec ses apparences contre les injustices de la société mais aussi contre l’individualisme aigû de nos jours. Ces individualistes que dénonce Vincent, tel que Maira sont plutôt indignés. Ils n’ont pas l’envie de passer au cran supérieur c’est à dire, à la révolte suprême et agir pour que les choses changent.

Avec cette enquête, nous avons voulut mettre en lumière une sous-culture mal comprise et souvent stigmatisée : la sous-culture Queer, pour pouvoir mieux l’expliquer. Cette sous-culture défend les droits des personnes exclues de la société à cause de leur différence et de leur coté dérangeant. Elle manque encore de visibilité au niveau du grand publique peut-être à cause de leur coté incompris, méconnu mais surtout communautaire.

Nous avons assisté aux premières victoires des sous-cultures sexuelles avec notamment une reconnaissance au niveau politique en Allemagne, en Australie, au Népal et plus récemment en Inde. En effet, ces pays ont reconnus l’existence d’un troisième sexe autrement dit l’existence d’un individu qui ne serait ni homme ni femme. La reconnaissance d’un troisième sexe permet aux personnes transgenres d’avoir les mêmes droits que les autres.

La société française contemporaine apparaîtrait comme désemparé en recherche perpétuelle de nouveaux droits. Pourtant les méthodes d’actions tendent de moins en moins à être efficaces. Les français, en temps de crise, auraient beaucoup à perdre s’ils venaient à s’engager de façon radicale. Le pessimisme et le scepticisme hanteraient le cœur des citoyens, qui gèlerait leur pulsion subversive. Pourtant, l’indignation est pertinemment présente.

 

Bibliographie

 

 

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